Droit comme un « i » sur la banquette arrière de la voiture qui filait à vive allure vers une direction inconnue, j’observais Hurdson attentivement. Il regardait droit devant lui et ses yeux brillants s’étaient assombris. Il restait silencieux.
-Avons-nous affaire à un ennemi puissant ? demandai-je pour briser le silence.
-Fort puissant, en effet, dit-il avec un air grave.
Il redevint silencieux. Mes yeux tombèrent sur l’album qu’il tenait sur ses genoux. Quel intérêt pouvait-il y avoir à garder cette vieillerie ? me demandai-je.
Je me retins de lui poser la question, bien que cette dernière me brûlât la gorge. Cet objet devait avoir un rapport avec mon passé.
La voiture s’arrêta. Je jetai un regard par la fenêtre : nous nous trouvions devant mon immeuble. J’allais ouvrir la portière dans le but de rentrer chez moi, lorsque la voix d’Hurdson m’en empêcha :
-Attendez !
Je lui lançai un regard inquisiteur.
-Votre ennemi sait qui vous êtes, IL sait où vous habitez et d’après ce que j’ai pu constater, ne s’est pas gêné pour faire irruption chez vous, poursuivit-il en plongeant son regard grave et froid dans le mien. Vous n’êtes plus en sécurité, ici. S’il revenait… vous ne reverriez plus jamais la lumière de ce monde, j’en ai bien peur.
Ses paroles me dissuadèrent de regagner mon appartement.
-Le mieux serait que vous vous cachiez pendant tout le temps que durera cette enquête.
Il se tourna vers le chauffeur.
-Au 4, Raven Street, s’il vous plaît, Guiseppe !
Hurdson tourna vers moi un regard amusé tandis que je suffoquais à demi. Encore le Corbeau !
La voiture reprit sa route en vrombissant. Le trajet se fit dans le silence le plus complet que seul le bruit du moteur venait perturber.
Elle s’immobilisa enfin dans Raven Street, devant le 4. La devanture du bâtiment affichait en lettres rouges scintillantes « Hôtel », et les deux premières lettres étaient grillées. Le soir commençait à tomber, il était environ 16 h 15.
Hurdson et moi descendîmes et pénétrâmes dans le bâtiment. Un vrombissement dans notre dos nous signala que Guiseppe était parti garer la voiture. Un homme debout derrière le comptoir nous accueillit d’un sourire commercial.
-Bonsoir… Que puis-je faire pour vous, messieurs ?
-Nous désirerions réserver une chambre pour la nuit… répondit Hurdson de sa voix froide habituelle.
Sa réponse me surprit : pourquoi réservait-il pour la nuit seulement ?
-Laquelle désirez-vous ?
-La numéro 13 est-elle libre ?
Le gérant feuilleta rapidement son registre. De mon côté, je me mis à trembler. Pourquoi la treize ?
-Mais certainement monsieur. Le problème est… qu’il n’y a qu’un lit pour deux…
-Nous nous en accommoderons, répliqua Hurdson.
Le gérant me jeta un coup d’œil rapide puis sourit. Il devait nous prendre pour un couple d’homosexuels.
Il tendit un stylo à l’inspecteur qui signa le registre et le lui rendit.
-Votre chambre est au bout du couloir, à droite. Voici votre clef. Je vous souhaite un bon séjour chez nous, nous lança-t-il en accompagnant ses paroles de son sourire commercial tandis que Hurdson s’éloignait déjà.
Je lui emboitai le pas. La silhouette de l’inspecteur disparut dans le couloir droit. De dos, avec ce long manteau dont les pans flottaient au rythme de ses pas, on aurait pu le prendre pour Van Helsing. Je remarquai avec soulagement que je n’avais pas perdu mon humour malgré la gravité de la situation.
Le couloir que nous empruntions était entièrement rouge et des néons muraux –rouges également- l’éclairaient. C’était étrange, mais il me sembla l’avoir déjà emprunté plus d’une fois.
Hurdson s’arrêta, et je fis de même quelques secondes plus tard. Devant nous se dressait la porte 13.
Aucun doute, je suis déjà venu ici…
Hurdson ouvrit la porte et me pria d’entrer d’une courbette gracieuse, ce que je fis après deux secondes d’hésitation. Ma main se dirigea vers l’interrupteur. J’allumai. La chambre était vaste et plutôt élégante. À ma droite, un lit si grand que trois personnes auraient pu l’occuper, et à ma gauche un petit meuble portant une téléviseur, côtoyant une porte qui devait mener à la salle de bain. Le sol en parquet ancien était meublé d’un tapis rouge affreux. L’inspecteur entra et ferma la porte à double-tour.
Je lui fis place et le regardai un instant. Ses yeux trahissaient une profonde inquiétude.
-Nous ne sommes pas ici pour passer la nuit, pas vrai ? lui demandais-je.
L’inquiétude disparut de son visage et un mince sourire s’installa sur ses lèvres.
-On ne peut rien vous cacher, se contenta-t-il de dire.
-Pourquoi avoir choisi cette chambre ? Ce n’est pas par pur hasard, pas vrai ?
Il secoua la tête et sortit de sa poche le vieil album-photo. Je restai ébahi : je n’avais même pas remarqué qu’il l’y avait mis. Ce n’était pas seulement un homme doué d’une intelligence supérieure à tout autre, un inspecteur hors-pair, le plus surprenant des croque-morts, c’était aussi un incroyable magicien qui agissait avec une rapidité étonnante.
Il l’ouvrit. Une page avait été marquée par un morceau de papier où s’épanouissait une écriture fine et penchée, comme celles d’autrefois. Il le prit et me le tendit. Je le parcourus.
« Au 4, Raven Street, dans la chambre 13, la vérité sur un sombre passé éclatera au grand jour…
Black Raven. »
-Le Black Raven s’était rendu au 106 bien avant sa mort et y avait laissé ce message. Une piste qui nous conduirait à la solution de l’énigme… murmura Hurdson.
Je posai un regard interrogateur sur lui.
-Vous croyez que la vérité se trouve dans cette pièce ?
-Je ne le crois pas : j’en suis certain, répondit-il.
Il referma l’album qu’il rangea dans sa poche puis s’avança de quelques pas et rejeta d’un geste le lourd tapis rouge, dévoilant des rangées de lattes de parquet.
À cet instant, on frappa à la porte. Hurdson me fit signe d’aller ouvrir. Ce que je fis.
Dans l’encadrement de la porte, je découvris le visage grave de Guiseppe qui portait une petite valise dans sa main gauche. Je m’effaçai pour le laisser entrer.
Il déposa la valise sur le lit puis se retira. Je refermai la porte.
Hurdson ouvrit la valise. Intrigué, je m’approchai. Elle contenait de vieux outils.
L’inspecteur les caressa du bout de doigts avant d’en choisir un : une hache.
Je commençai à me demander s’il n’était pas devenu fou.
Il s’agenouilla sur le sol, leva la hache au dessus de sa tête et l’abattit. Le bois du plancher craqua. Il recommença son geste trois ou quatre fois d’affilées avant de s’arrêter brusquement. De la sueur avait perlé à son front marmoréen. Il fouilla dans sa valise et en sortit un pied de biche.
Je le regardais attentivement. Il semblait avoir gardé toute sa présence d’esprit.
S’il n’était pas fou, que cherchait-il donc ?
Je ne tardais pas à en avoir la réponse.
Hurdson plaça son pied de biche entre deux lattes et les fit sauter dans une explosion de bois, laissant un trou béant au beau milieu de la chambre. Une odeur de pourriture se répandit.
J’y jetai un œil et eus une soudaine envie de vomir.
-Avons-nous affaire à un ennemi puissant ? demandai-je pour briser le silence.
-Fort puissant, en effet, dit-il avec un air grave.
Il redevint silencieux. Mes yeux tombèrent sur l’album qu’il tenait sur ses genoux. Quel intérêt pouvait-il y avoir à garder cette vieillerie ? me demandai-je.
Je me retins de lui poser la question, bien que cette dernière me brûlât la gorge. Cet objet devait avoir un rapport avec mon passé.
La voiture s’arrêta. Je jetai un regard par la fenêtre : nous nous trouvions devant mon immeuble. J’allais ouvrir la portière dans le but de rentrer chez moi, lorsque la voix d’Hurdson m’en empêcha :
-Attendez !
Je lui lançai un regard inquisiteur.
-Votre ennemi sait qui vous êtes, IL sait où vous habitez et d’après ce que j’ai pu constater, ne s’est pas gêné pour faire irruption chez vous, poursuivit-il en plongeant son regard grave et froid dans le mien. Vous n’êtes plus en sécurité, ici. S’il revenait… vous ne reverriez plus jamais la lumière de ce monde, j’en ai bien peur.
Ses paroles me dissuadèrent de regagner mon appartement.
-Le mieux serait que vous vous cachiez pendant tout le temps que durera cette enquête.
Il se tourna vers le chauffeur.
-Au 4, Raven Street, s’il vous plaît, Guiseppe !
Hurdson tourna vers moi un regard amusé tandis que je suffoquais à demi. Encore le Corbeau !
La voiture reprit sa route en vrombissant. Le trajet se fit dans le silence le plus complet que seul le bruit du moteur venait perturber.
Elle s’immobilisa enfin dans Raven Street, devant le 4. La devanture du bâtiment affichait en lettres rouges scintillantes « Hôtel », et les deux premières lettres étaient grillées. Le soir commençait à tomber, il était environ 16 h 15.
Hurdson et moi descendîmes et pénétrâmes dans le bâtiment. Un vrombissement dans notre dos nous signala que Guiseppe était parti garer la voiture. Un homme debout derrière le comptoir nous accueillit d’un sourire commercial.
-Bonsoir… Que puis-je faire pour vous, messieurs ?
-Nous désirerions réserver une chambre pour la nuit… répondit Hurdson de sa voix froide habituelle.
Sa réponse me surprit : pourquoi réservait-il pour la nuit seulement ?
-Laquelle désirez-vous ?
-La numéro 13 est-elle libre ?
Le gérant feuilleta rapidement son registre. De mon côté, je me mis à trembler. Pourquoi la treize ?
-Mais certainement monsieur. Le problème est… qu’il n’y a qu’un lit pour deux…
-Nous nous en accommoderons, répliqua Hurdson.
Le gérant me jeta un coup d’œil rapide puis sourit. Il devait nous prendre pour un couple d’homosexuels.
Il tendit un stylo à l’inspecteur qui signa le registre et le lui rendit.
-Votre chambre est au bout du couloir, à droite. Voici votre clef. Je vous souhaite un bon séjour chez nous, nous lança-t-il en accompagnant ses paroles de son sourire commercial tandis que Hurdson s’éloignait déjà.
Je lui emboitai le pas. La silhouette de l’inspecteur disparut dans le couloir droit. De dos, avec ce long manteau dont les pans flottaient au rythme de ses pas, on aurait pu le prendre pour Van Helsing. Je remarquai avec soulagement que je n’avais pas perdu mon humour malgré la gravité de la situation.
Le couloir que nous empruntions était entièrement rouge et des néons muraux –rouges également- l’éclairaient. C’était étrange, mais il me sembla l’avoir déjà emprunté plus d’une fois.
Hurdson s’arrêta, et je fis de même quelques secondes plus tard. Devant nous se dressait la porte 13.
Aucun doute, je suis déjà venu ici…
Hurdson ouvrit la porte et me pria d’entrer d’une courbette gracieuse, ce que je fis après deux secondes d’hésitation. Ma main se dirigea vers l’interrupteur. J’allumai. La chambre était vaste et plutôt élégante. À ma droite, un lit si grand que trois personnes auraient pu l’occuper, et à ma gauche un petit meuble portant une téléviseur, côtoyant une porte qui devait mener à la salle de bain. Le sol en parquet ancien était meublé d’un tapis rouge affreux. L’inspecteur entra et ferma la porte à double-tour.
Je lui fis place et le regardai un instant. Ses yeux trahissaient une profonde inquiétude.
-Nous ne sommes pas ici pour passer la nuit, pas vrai ? lui demandais-je.
L’inquiétude disparut de son visage et un mince sourire s’installa sur ses lèvres.
-On ne peut rien vous cacher, se contenta-t-il de dire.
-Pourquoi avoir choisi cette chambre ? Ce n’est pas par pur hasard, pas vrai ?
Il secoua la tête et sortit de sa poche le vieil album-photo. Je restai ébahi : je n’avais même pas remarqué qu’il l’y avait mis. Ce n’était pas seulement un homme doué d’une intelligence supérieure à tout autre, un inspecteur hors-pair, le plus surprenant des croque-morts, c’était aussi un incroyable magicien qui agissait avec une rapidité étonnante.
Il l’ouvrit. Une page avait été marquée par un morceau de papier où s’épanouissait une écriture fine et penchée, comme celles d’autrefois. Il le prit et me le tendit. Je le parcourus.
« Au 4, Raven Street, dans la chambre 13, la vérité sur un sombre passé éclatera au grand jour…
Black Raven. »
-Le Black Raven s’était rendu au 106 bien avant sa mort et y avait laissé ce message. Une piste qui nous conduirait à la solution de l’énigme… murmura Hurdson.
Je posai un regard interrogateur sur lui.
-Vous croyez que la vérité se trouve dans cette pièce ?
-Je ne le crois pas : j’en suis certain, répondit-il.
Il referma l’album qu’il rangea dans sa poche puis s’avança de quelques pas et rejeta d’un geste le lourd tapis rouge, dévoilant des rangées de lattes de parquet.
À cet instant, on frappa à la porte. Hurdson me fit signe d’aller ouvrir. Ce que je fis.
Dans l’encadrement de la porte, je découvris le visage grave de Guiseppe qui portait une petite valise dans sa main gauche. Je m’effaçai pour le laisser entrer.
Il déposa la valise sur le lit puis se retira. Je refermai la porte.
Hurdson ouvrit la valise. Intrigué, je m’approchai. Elle contenait de vieux outils.
L’inspecteur les caressa du bout de doigts avant d’en choisir un : une hache.
Je commençai à me demander s’il n’était pas devenu fou.
Il s’agenouilla sur le sol, leva la hache au dessus de sa tête et l’abattit. Le bois du plancher craqua. Il recommença son geste trois ou quatre fois d’affilées avant de s’arrêter brusquement. De la sueur avait perlé à son front marmoréen. Il fouilla dans sa valise et en sortit un pied de biche.
Je le regardais attentivement. Il semblait avoir gardé toute sa présence d’esprit.
S’il n’était pas fou, que cherchait-il donc ?
Je ne tardais pas à en avoir la réponse.
Hurdson plaça son pied de biche entre deux lattes et les fit sauter dans une explosion de bois, laissant un trou béant au beau milieu de la chambre. Une odeur de pourriture se répandit.
J’y jetai un œil et eus une soudaine envie de vomir.
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