samedi 30 mai 2009

Chapter VIII

Cette nouvelle pièce devait être un salon, car deux canapés à la mode du XIXème occupaient son centre. Un piano droit de couleur brune bâché de toiles d’araignées occupait le mur de droite, et sur le mur de gauche, à côté d’une fenêtre à guillotine condamnée par des plaques de taule ondulée, se dressaient d’imposantes vitrines dont les locataires étaient…
-Mon dieu ! laissai-je échapper tandis que ma lampe de poche tombait au sol.
…étaient quatre êtres humains momifiés, squelettiques, aux orbites vides.
Je me retins de crier. À côté de moi, Hurdson semblait calme. Il s’avança vers les vitrines et les observa attentivement, comme on admire les expositions d’un musée.
Je m’avançai également et découvris que les vitrines étaient toutes accompagnées d’un écriteau en bronze où on pouvait lire les inscriptions :


« John Wolfe – Renversé en 1867 par un fiacre. »

« Helen John Wolfe – Morte de chagrin à la suite du décès de son époux, 1868. »

«Philip Wolfe – Mort à la suite d’un cancer, 1874. »

« Elizabeth Wolfe – Causes du décès inconnues, 1887. »

Je restai sans voix. Il devait s’agir de mes ancêtres, exposés là par un fou. Mais quel rapport pouvait-il y avoir entre ces cadavres exposés là et mon passé ? Une erreur aurait-elle été commise par un de mes aïeux un siècle de demi auparavant ? Et dans ce cas, pourquoi devrais-je payer pour un crime que je n’avais pas commis ?
Je remarquai qu’Hurdson avait stoppé ses observations pour s’intéresser à autre chose. Il tenait avec précaution un vieux grimoire qui tombait en ruine.
-Qu’est-ce que c’est ?
-L’album-photo familial des Wolfe, me répondit-il tout en le feuilletant.
Il s’arrêta à une page et la parcourut des yeux un long instant.
Soudain, il redressa la tête, semblant écouter quelque chose. Il me paraissait aussi avoir entendu un bruit.
Après quelques secondes, le bruit se reproduisit : un bruit de pas feutré. Quelqu’un nous avait suivis.
Sans attendre que l’intrus ne se montre, Hurdson bondit, l’album miteux à la main, vers l’unique fenêtre, qu’il essaya d’ouvrir. En vain : elle était fermée à clef.
Sa main blafarde se glissa dans sa poche de droite et à ma grande surprise en sortit un passe-partout. Il entreprit de forcer la serrure.
Les bruits de pas se rapprochaient dangereusement. Un click ! se fit entendre. L’inspecteur souleva la guillotine et dégagea d’un geste de la main les plaques de taules.
Je me rapprochai de lui. Il me fit signe de m’enfuir en premier. J’acquiesçai.
Je grimpais sur le rebord de la fenêtre et m’apprêtais à sauter lorsque dans l’embrasure de la porte du salon apparut une silhouette noire dont la tête était surmontée de cornes et qui me scrutait de ses yeux de feu.
Pris de panique, je sautai. Hurdson m’imita peu après, l’album toujours calé sous son aisselle. À l’intérieur de la vieille demeure, les cris diaboliques de la chose retentirent.
Pendant quelques instants, je crus qu’IL allait nous suivre, mais il n’en fut rien.
C’est alors que je vis une voiture gris métallisé qui semblait nous attendre, à quelques mètres de nous.
-Toujours à l’heure, murmura l’inspecteur avec un demi-sourire.
Un homme descendit de la voiture, ouvrit la portière arrière droite et nous fit signe d’entrer.
Hurdson n’hésita pas une seconde et s’assit sur la banquette de cuir blanc. Je haussai les épaules et fis de même. La voiture démarra.
Alors que nous venions d’atteindre le coin de la rue, une détonation assourdissante se fit entendre, accompagné d’un rire démoniaque strident. Je jetai un regard à la vieille demeure ancestrale : elle était en feu.

0 commentaires: